Le numérique recouvre « un ensemble de logiciels, applications et services en ligne, tous conçus avec un objectif précis : transformer radicalement la manière dont nous communiquons, collaborons, gérons et évoluons dans l’espace professionnel. Ces outils numériques exploitent le potentiel illimité du digital pour créer, gérer et partager des informations et des documents (…) » (https://kwark.education, consulté le 10 décembre 2025). Cependant ces outils, créés pour renforcer les liens sociaux, engendrent une société moins empathique et une mutation dans la communication, mettant en danger la qualité des relations interpersonnelles qui nécessitent une présence attentive et un engagement authentique pour s’épanouir. Cette observation, qui est aussi à l’œuvre dans la Pédagogie du digital 4.0 de Riccardo Petricca, recommande de préserver l’humanité des technologies subversives et de la manipulation, afin de permettre à l’homme de ne pas « se laisser séduire par les promesses techniques sans interroger son impact sur la liberté, la relation et la foi ». Car « l’utilisation de ces outils n’est pas toujours uniquement orientée vers le bien » ( Cf.Gaudium et spes, n°16 cité par le Pape François dans son discours sur l’Intelligence Artificielle, G7, le vendredi 14 juin 2024). Dès lors, une question se pose : comment les outils du numérique peuvent -ils être des sources de sociabilité, favoriser des relations authentiques durables, servant véritablement le bien commun, dans le respect des valeurs et de la dignité humaine ? Cette interrogation repose sur une hypothèse fondamentale : l’approche éthique fondée sur les valeurs chrétiennes peut ouvrir les usagers à des pratiques qui dépassent la simple communication médiatisée par le numérique, conscients que la technologie devient de plus en plus notre partenaire. Elle peut orienter les choix technologiques vers plus de responsabilité et d’objectivité.
Dans la pastorale numérique 4.0, Riccardo Petricca veut aider les professionnels du numérique à faire face à cette mutation par un « tournant numérique » qui met les outils du numérique au service de la foi pour prévenir des conséquences potentiellement certaines à l’esprit de l’évangile. Cette initiative signifie que « La science et la religion ne sont pas en conflit, mais elles se complètent mutuellement dans l’esprit d’un homme qui réfléchit sérieusement. »[1].
Éduquer à la lumière de la pastorale numérique 4.0
« Le terme de pastorale numérique désigne l’ensemble des processus visant à faire interagir de manière appropriée la pastorale et les technologies numériques>>, afin de permettre aux professionnels et aux usagers du numérique d’aller à la rencontre des autres avec plus de responsabilité. À l’initiative de la pastorale numérique, les outils du numérique peuvent unir les hommes, créer des liens fraternels et les rendre collaborateurs. C’est là aujourd’hui plus que jamais le devoir d’éduquer à leur utilisation pour le bien commun. De plus, le numérique peut diffuser des informations non vérifiées ou trompeuses, semant la confusion parmi les hommes. C’est pourquoi il est essentiel de promouvoir un usage éthique et responsable des technologies, en insistant sur l’importance d’une approche centrée sur l’humain et respectueuse de la dignité de la personne. Il nous appartient de déterminer l’orientation de l’utilisation de ces outils fascinants et terrifiants à la fois, car l’intelligence artificielle peut s’adapter de manière autonome à la tâche qui lui est assignée et, si elle est conçue à cet effet, faire des choix indépendamment de toute intervention humaine pour atteindre l’objectif visé. Or, chaque problème d’une telle intelligence artificielle ne peut être résolu par l’intelligence artificielle. Voilà pourquoi, l’Église catholique a immédiatement perçu l’immense potentiel du web pour l’évangélisation et la communication sociale, et souhaite témoigner de l’Évangile sur le « continent numérique ».
Enjeux éthiques de la pastorale numérique
Nous sommes nés dans un monde réel, mais nous sommes désormais plongés dans un monde numérique et virtuel. Le numérique doit être au service de l’humanité pour améliorer la qualité de vie ; son utilisation doit se développer à des fins éducatives et organisationnelles. Il est essentiel qu’il soit utilisé comme un outil complémentaire, sans le substituer à un rôle irremplaçable dans l’organisation et l’action humaine. Car il est susceptible d’effacer les traces de l’homme ; de réduire la capacité de l’homme à résoudre les problèmes de manière autonome. Les professionnels des web doivent être attentifs au potentiel du numérique ; fournir des données, des informations et des connaissances, mais l’expérience vécue de l’individu doit être fondamentale. Il ne doit pas se contenter de « répéter ce que le numérique transmet ». Il doit donner une dimension humaine à la technologie numérique. En effet, nous avons le devoir moral d’utiliser le numérique sans nous diluer dans la connexion.
Pour une communication authentique
Il est certes vrai que nos relations sont devenues trop virtuelles et déconnectées de la réalité, il est plus nécessaire que jamais de repenser le sens de la communication authentique. Comme toute communication, il est essentiel que l’homme communique avec le cœur. Cette communication exige un engagement, de la volonté et des efforts pour se connecter, écouter les autres et participer à un échange. L’application de ces valeurs dans le monde de la communication est essentielle pour dialoguer avec les hommes et les femmes en les conduisant à la rencontre de la vérité. La communication n’est pas une simple mise en ligne des informations, mais elle consiste de mettre une expérience « en communion», même avec ceux qui ne pensent pas comme vous/nous, pour apporter le « changement que vous voulez voir dans le monde ».
Éduquer pour l’IA durable
Le numérique est un pharmakon (B. Stiegler): il est à la fois poison et remède. Il peut donc, si l’on y prend garde, déconstruire les sociétés en prolétarisant les individus et en réduisant leur capacité à transmettre la vérité. Mais il peut aussi sauver, s’il est réorienté vers l’éducation, la culture et le soin. Dans cette perspective, il faut transformer le numérique en instrument de culture et de solidarité pour le bien commun. C’est dans ce sens qu’il faut éduquer pour l’IA durable et prendre soin du numérique pour l’avenir des générations futures. L’éducation numérique consiste donc à communiquer et inventer des usages qui soignent au lieu de détruire ; qui cultivent au lieu d’appauvrir. Car le but du numérique ou d’un site web ne consiste pas seulement à informer, mais aussi à communiquer des valeurs. Il y a donc une nécessité de placer l’IA au centre des valeurs chrétiennes, en refusant toute dérive qui réduirait la personne à des comportements prévisibles. Face à cette réalité, chaque réseau social doit humaniser pour refléter un humanisme très fort. L’utilisation des médias numériques doit se faire à des fins pédagogiques, éducative et pastorale pour
« (…) respirer la vérité des belles histoires : des histoires qui construisent…des témoignages authentiques… grâce auxquels l’homme peut découvrir le sens de la vie et le transmettre aux autres avec vérité et émotion. »
De cette manière, les outils du numérique seront au service de la vérité, la justice et la paix. Les professionnels de Web, les usagers peuvent faire face à l’IA durable en promouvant des sites web qui transmettent des valeurs humaines.
Conclusion
L’éducation numérique permet à l’homme de redécouvrir la dimension authentique de la communication. À travers les outils du numérique, il réalise une véritable communication sociale au service de la liberté, de la responsabilité et de la fraternité et transforme la manière de vivre, de se relier, de communiquer et de se rapporter entre les générations humaines. Il est important que « les entreprises qui développent des plateformes numériques assument la responsabilité de ce qu’elles diffusent et dont elles tirent profit pour rendre le numérique durable.
Bibliographie
Brodowicz M., « l’impact de la technologie sur les relations humaines » Aithor.com, consulté le 9 /12/2025
Pape François, Message JMJ de Rio 2013, Copacabana
Pape François, Message pour le XLIX mondiale de la communication sociale, Vatican, le 23 janvier 2015, à la veille de la fête de saint François de Sales,
Petricca R., Pastorale numérique, Rome, Albatros, 2025
Stiègler B., Pharmacologie du Front national, suivi de Vocabulaire d’Ars Industrialis par Victor Petit, Flammarion, 2013.
Stiègler B., Prendre soin, 1. De la jeunesse et des générations, Flammarion, 2008.
Vitalli-Rosati, M., « pour une définition du numérique », umontreal.Scholaris.ca consulté en ligne le 10 décembre 2025.
Sites consultés
https://kwark.education, consulté le 10 décembre 2025
https://talentsdunumérique.com, consulté le 10 décembre 2025
[1] Ces mots sont tirés de l’essai « La connaissance du monde physique » de Max Planck, l’homme qui a formulé la théorie quantique et reçu le prix Nobel en 1918, cité par Riccardo Petricca, La pastorale numérique 4.0, Rome, Albatros, 2025, p.118
[2] Riccardo Petricca, La pastorale numérique 4.0, Rome, Albatros, 2025, P.89
[3]Ibidem, p.103